Camille Étienne & les égéries nulles du « mouvement climat » (par Nicolas Casaux)

Pour notre plus agréable diver­tis­se­ment, les médias de masse fabriquent régu­liè­re­ment de nou­velles égé­ries cen­sées repré­sen­ter le mou­ve­ment éco­lo­giste moderne, c’est-à-dire le « mou­ve­ment cli­mat » (ou « pour le cli­mat »), c’est-à-dire le « mou­ve­ment pour que la civi­li­sa­tion indus­trielle soit ren­due sou­te­nable » ou, encore autre­ment dit, le « mou­ve­ment pour un capi­ta­lisme vert et durable[1] ».

« Pla­teaux télé, radios, réseaux sociaux : Camille Etienne uti­lise tous les sup­ports pour dif­fu­ser son mes­sage et faire chan­ger les choses[2] » nous explique un jour­na­liste du quo­ti­dien Le Monde, tan­dis que Yahoo Actua­li­tés nous apprend :

« Elle est deve­nue la porte-voix des jeunes géné­ra­tions enga­gées pour l’environnement. A 23 ans, Camille Etienne a mis ses études à Sciences Po Paris entre paren­thèses et se consacre à l’activisme “pour la jus­tice sociale et cli­ma­tique”[3]. »

Camille Étienne s’est fait connaitre grâce à une vidéo inti­tu­lée « Réveillons-nous », dans laquelle elle enchaîne les affir­ma­tions creuses sur fond de musique lar­moyante, qui connait un grand suc­cès (des mil­lions de vues) sur les réseaux sociaux.

S’en­suivent, nous explique France Inter,

« des invi­ta­tions régu­lières à débattre sur des pla­teaux télé, et même une invi­ta­tion à l’u­ni­ver­si­té d’é­té du Medef pour une table-ronde sur les conflits de géné­ra­tion. “L’en­tre­prise d’aujourd’hui est fati­guée, comme la démo­cra­tie d’au­jourd’­hui, comme la poli­tique d’au­jourd’­hui, et peut-être nous fau­drait-il tra­vailler moins, mais avec un peu plus de sens”, ose-t-elle devant une assem­blée d’en­tre­pre­neurs, sus­ci­tant les rica­ne­ments de l’a­ni­ma­trice et de l’audience.

Elle s’en­tre­tient régu­liè­re­ment avec des per­son­na­li­tés poli­tiques, “en on et en off” et se dit prête à ren­con­trer tous ceux qui la sol­li­citent [c’est aus­si à ça qu’on repère les éco-déma­gogues]. Récem­ment, elle était invi­tée à débattre avec Nico­las Dupont-Aignan, can­di­dat décla­ré à l’é­lec­tion pré­si­den­tielle 2022. “Même si c’est Marine Le Pen, je serai ravie de le faire parce qu’on aurait des dis­cus­sions inté­res­santes. Je viens de faire une table ronde avec les géants de l’éner­gie fos­sile et pour moi, c’est par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sant”[4]. »

Ben voyons. S’en­tre­te­nir avec Marine Le Pen et les géants de l’in­dus­trie fos­sile. Admi­rable. Aujourd’­hui, Camille Étienne est notam­ment sui­vie par 110 000 per­sonnes sur Ins­ta­gram et 19 000 sur Twitter.

C’est ain­si qu’à « 23 ans, elle ren­contre aujourd’hui, des diri­geants euro­péens, des dépu­tés, des ban­quiers… afin de les aler­ter sur l’urgence cli­ma­tique » (France Inter). Quelle noble tâche. Quelle audace. Quel cou­rage. D’ailleurs, nous dit Yahoo :

« Consciente d’incarner pour cer­tains une frange radi­cale du mou­ve­ment éco­lo­giste, la jeune femme défend cette approche. “C’est un mot qui fait très peur, mais être radi­cal ça veut juste dire aller à la racine du problème”. »

Camille Étienne sait pour­tant, étant don­né que la diver­si­té des ana­lyses éco­lo­giques est dis­cu­tée dans le numé­ro du maga­zine Social­ter qu’elle a ser­vi à pro­mou­voir, que des groupes éco­lo­gistes existent — comme les éco­lo­gistes anti-indus­triels, appa­rem­ment pré­sen­tés dans ledit numé­ro — qui avancent réel­le­ment une ana­lyse radi­cale. Contrai­re­ment à elle, qui se contente, à la Extinc­tion Rebel­lion et tut­ti quan­ti, de péro­rer des pla­ti­tudes naïves, absurdes et/ou confuses selon les­quelles « l’écologie devrait être au cœur de l’action de l’État », puisqu’il s’agirait de « la base de la poli­tique d’assurer un ave­nir et un pré­sent aux citoyens », ou « il faut qu’on pousse les États à être plus ambi­tieux, les déci­deurs à prendre des déci­sions à la hau­teur ». Pour vous don­ner une idée du vide sidé­ral que l’on retrouve sou­vent dans ses pro­pos, voi­ci la conclu­sion du texte qu’elle a écrit pour Social­ter :

« Ce qui me donne de l’espoir, c’est qu’il n’y a pas de date limite pour agir. Il n’est jamais trop tard pour que ce soit pire. Mais il est tou­jours temps pour que ce soit moins injuste.

Nous sommes la pre­mière géné­ra­tion à vivre les consé­quences du dérè­gle­ment cli­ma­tique, et la der­nière à pou­voir y faire quelque chose. Si vous lut­tez déjà, à votre manière et à votre mesure, cela vous arrive peut-être de trou­ver le cos­tume trop grand, le rôle trop ver­ti­gi­neux – c’est mon cas par­fois, et même sou­vent. Et pour­tant nous ne devons pas flan­cher ni flé­chir. Notre res­pon­sa­bi­li­té est grande et nous ne pou­vons pas, nous ne pou­vons plus nous per­mettre d’attendre qu’une élite éclai­rée à la lampe à pétrole prenne des déci­sions pour nous. Nous devons déso­béir, mon­ter sur nos trac­teurs, enfour­cher nos vélos et des­cendre dans la rue, entrer en résis­tance, en créa­tion, mettre les mains dans la terre, mettre la Terre dans nos pro­grammes sco­laires. Et tant encore. Mais la suite s’invente ensemble. Et ensemble, nous sommes une force immense. C’est là qu’est le pou­voir, c’est là qu’est le nôtre : à leur mort, oppo­ser nos vies[5]. »

Tout un pro­gramme. Ailleurs (dans une inter­view accor­dée à LCI), elle affirme : « Et si cha­cun dans cette socié­té tra­vaillait et met­tait tout son temps, toute son éner­gie au ser­vice d’un monde meilleur, ce serait for­mi­dable. Je pense que ça irait beau­coup plus vite[6]. »

À n’en pas douter.

Camille Étienne sur TMC

Au pas­sage, on note­ra que Camille Étienne sort de Sciences Po Paris, évi­dem­ment. Les nou­velles mas­cottes de l’écologie, les médias et les jour­na­leux ne vont pas les cher­cher chez celles et ceux qui ne sont rien. En juin 2021, Le Monde pré­sen­tait une autre jeune femme, Léna Lazare, comme « le nou­veau visage de l’écologie radi­cale[7] ». Confu­sion oblige, à l’instar du du col­lec­tif « Youth For Cli­mate » (« Les jeunes pour le cli­mat »), dont elle est membre fon­da­trice et porte-parole, Léna Lazare dénonce le capi­ta­lisme vert tout en fai­sant sa promotion.

Camille Étienne sur M6

Dans tous les cas, chez Lazare comme chez Étienne, Extinc­tion Rebel­lion, Youth For Cli­mate, etc., on ne retrouve aucune cri­tique de l’État, aucune cri­tique du capi­ta­lisme (sauf en appa­rence, mais pré­tendre cri­ti­quer le capi­ta­lisme tout en pro­mou­vant des emplois verts et autres choses du genre, et sans rien dire de la pro­prié­té pri­vée, du sala­riat, etc., c’est sim­ple­ment « ajou­ter du mal­heur au monde », comme dirait Camus), aucune cri­tique de l’industrie et de la tech­no­lo­gie. Tout au plus un « lais­sez les éner­gies fos­siles dans le sol ». Au final, l’idée — inof­fen­sive — pro­mue est tou­jours la même : une civi­li­sa­tion tech­no-indus­trielle sou­te­nable est pos­sible, avec des États qui font le bien, un sys­tème mar­chand équi­table, des éner­gies renou­ve­lables, une consom­ma­tion rai­son­née, etc. Pour y par­ve­nir, nous devons convaincre — ou impo­ser à — nos diri­geants d’agir, de prendre les mesures qu’il faut. Et pour par­ve­nir à cela, nous devons éveiller les gens à la néces­si­té de l’exiger de leurs dirigeants.

Radi­cal. C’est ain­si que les mots et les expres­sions, détour­nés et détruits par les médias de masse, de concert avec des indi­vi­dus peu scru­pu­leux, perdent leur sens. (D’ailleurs, Camille Étienne, en farouche anti­ca­pi­ta­liste, s’ha­bille chez « 17h10 »[8], une entre­prise qui « pro­pose des tailleurs pour femmes, aux coupes fémi­nines et aux lignes épu­rées. Les matières pre­mières sont éco-res­pon­sables, fine­ment sélec­tion­nées pour leur grande qua­li­té et leur durabilité. »)

La source de leur « acti­visme » n’est pas l’injustice, la dépos­ses­sion, l’aliénation totales qu’implique le règne de l’État et du capi­ta­lisme, l’existence dans la civi­li­sa­tion indus­trielle, pas la domi­na­tion des riches, l’écrasement des pauvres, pas la des­truc­tion inexo­rable de l’écosphère enta­mée il y a plu­sieurs siècles, pas la tyran­nie tech­no­lo­gique, mais l’augmentation de la teneur en gaz à effet de serre dans l’atmosphère qui menace notre ave­nir à nous, civi­li­sés, qui menace l’avenir de la civi­li­sa­tion. D’où la « géné­ra­tion climat ».

Camille Étienne en train de pro­mou­voir le chef d’œuvre de Julien Vidal inti­tu­lé Ça com­mence par moi, paru en 2018, qui liste des cen­taines de petites actions « pour une éco⁠-⁠citoyenneté ambi­tieuse », par­mi les­quelles on retrouve, dans la caté­go­rie « les plus impac­tantes » : « Je rejoins un incu­ba­teur de l’ESS », « J’ouvre un gîte zéro déchet », « J’adopte l’éco-conduite », « Je choi­sis une banque éthique », « Je passe au gaz vert », « Je découvre les bien­faits de la médi­ta­tion », j’en passe et des plus amusants.

Invi­tée sur le pla­teau de RT par Fré­dé­ric Tad­deï, Camille Étienne s’est d’ailleurs posi­tion­née de manière neutre sur le sujet du nucléaire, à l’instar d’Extinction Rebel­lion France : ni pour, ni contre[9]. Bien au contraire.

Consciem­ment ou non, le sys­tème média­tique et ceux qui tra­vaillent pour lui s’assurent, en asso­ciant l’écologie radi­cale à de telles figures (Camille Étienne, Léna Lazare, Gre­ta Thun­berg), de favo­ri­ser la confu­sion et de nuire au mou­ve­ment éco­lo­giste. On est en effet loin de l’écologie radi­cale dont débat­taient Mur­ray Book­chin et Dave Fore­man il y a plu­sieurs décen­nies (voir le livre Quelle éco­lo­gie radi­cale ? Éco­lo­gie sociale et éco­lo­gie pro­fonde en débat) — quand bien même tous deux défen­daient aus­si des idées dou­teuses (voire sim­ple­ment mal­saines dans le cas de Fore­man). Loin de l’écologie d’Alexandre Gro­then­dieck, Pierre Four­nier, ou Thier­ry Sal­lan­tin, mili­tant de longue date (depuis la fin des années 1960), auteur d’un texte inti­tu­lé « Qu’est-ce que l’écologie radi­cale ? » qui, en quelques lignes, évoque plus de points cru­ciaux que les nou­velles icones du « mou­ve­ment cli­mat » en d’innombrables inter­views, vidéos, dis­cours TED, etc.

(Je vous conseille vive­ment la lec­ture de tous les textes de Thier­ry, par­ti­cu­liè­re­ment riches, par­ti­cu­liè­re­ment juste, infi­ni­ment plus sub­ver­sifs que n’importe quel dis­cours de n’importe quel clone du « mou­ve­ment cli­mat », notam­ment « De la colo­ni­sa­tion au “déve­lop­pe­ment” : un seul et même pro­jet », « Ni anthro­po­cène, ni capi­ta­lo­cène : le pro­blème, c’est le méga­lo­cène », « La lutte des peuples contre le tota­li­ta­risme de l’État : 6000 ans d’histoire » & « Le déve­lop­pe­ment (même durable) c’est le pro­blème, pas la solu­tion ! »).

(Le plus ridi­cule, dans tout ça, c’est peut-être la fier­té des membres de la « géné­ra­tion cli­mat » lorsque l’un ou l’une des leurs a droit à un espace pro­mo­tion­nel dans un ou plu­sieurs des plus célèbres jour­naux et maga­zines du capi­ta­lisme industriel.)

Nico­las Casaux

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Post-scriptum (24/01/2022) : Sur la stupéfiante — surréaliste — bêtise et la malhonnêteté d’un certain milieu « écologiste »

Quelques jours après la publi­ca­tion du texte ci-des­sus, je me suis retrou­vé accu­sé de « har­cè­le­ment » sur Twit­ter par une horde de libé­raux outra­gés. Mais pour que vous puis­siez bien com­prendre, il vous faut savoir qu’un petit cercle de « mili­tants » et « mili­tantes » pré­ten­du­ment « liber­taires » et même « radi­caux » me haïssent, nous haïssent (nous « trans­phobes », nous « trans­mi­so­gynes » et autres ana­thèmes du genre) et passent un cer­tain temps à le faire savoir sur Twit­ter et d’autres cyber-asiles psychiatriques.

Et par­mi ces indi­vi­dus qui nous détestent et cherchent à signa­ler au plus grand nombre com­bien nous sommes d’ignobles « trans­phobes » à ne jamais lire, à dés­in­vi­ter, à boy­cot­ter, cen­su­rer, voire à brû­ler (« Les TERFS au bûcher ») se trouve une Béné­dicte Car­rio, « Com­mu­ni­ty Mana­ger free­lance et chef de pro­jet en com­mu­ni­ca­tion web à Nantes », « diplô­mée de Gre­noble Ecole de Mana­ge­ment (spé­cia­li­sa­tion Mar­ke­ting) », ani­ma­trice d’un « blog éco-friend­ly » — sur lequel elle pro­digue « des conseils pour un adop­ter mode de vie éco­lo­gique », notam­ment « des astuces zéro-déchet et fait-mai­son », mais aus­si des conseils pour « Bien pré­pa­rer son road-trip en cam­ping-car en Cali­for­nie » — et enfin autrice d’un mer­veilleux ouvrage qui se pré­tend anar­chiste, éco­lo­giste, radi­cal et liber­taire inti­tu­lé La Révo­lu­tion du pota­ger : manuel d’é­co­lo­gie indi­vi­duelle et col­lec­tive, plein de « conseils pra­tiques pour culti­ver en per­ma­cul­ture quel que soit l’es­pace et le lieu de vie », d’idées « pour rendre son mode de vie plus éco­lo­gique à échelle indi­vi­duelle », de recettes de cui­sine et autres niai­se­ries de la même farine.

Et donc, ladite Béne­dicte Car­rio n’a rien trou­vé de plus malin à faire que d’affirmer sur Twit­ter que mon texte cri­tique de l’écologisme inepte de Camille Étienne était une odieuse démons­tra­tion de « har­cè­le­ment », que je ne cher­chais qu’à « taper sur des meufs qui ont entre 18 et 25 ans ».

Inci­dem­ment, le tweet dans lequel elle par­lait de « taper sur des meufs qui ont entre 18 et 25 ans » lui a valu d’être ban­nie. Tem­po­rai­re­ment. Elle s’est immé­dia­te­ment plainte, a fait appel à Camille Étienne, aux res­pon­sables de Twit­ter, et quelques heures après — ouf, sou­la­ge­ment — elle retrou­vait l’accès à Twit­ter et pou­vait recom­men­cer à y pos­ter ses fines ana­lyses liber­taires, éco­lo­gistes et radicales.

Camille Étienne s’est alors empa­ré de l’affaire, a par­ta­gé les cri­tiques de Béné­dicte Car­rio à mon encontre, a elle aus­si affir­mé que mon article — qu’elle n’a cer­tai­ne­ment pas lu — n’était qu’une ten­ta­tive de la har­ce­ler pour la rai­son qu’elle « ose par­ler de la catas­trophe cli­ma­tique », amal­ga­mant ma cri­tique au har­cè­le­ment de rue que subissent les femmes dans une incon­ti­nence de tweets confus.

Par ailleurs, elle a relayé une autre inter­ven­tion Twit­ter d’une autre lumière s’étant jointe à Béné­dicte Car­rio et elle pour dénon­cer ma pré­ten­due « miso­gy­nie » : une cer­taine Julie Henches.

Julie Henches qui tra­vaille — tiens donc ! — pour la Euro­pean Cli­mate Foun­da­tion, une des plus impor­tantes ONG d’Eu­rope, une immense fon­da­tion « phi­lan­thro­pique » finan­cée, entre autres, par la William and Flo­ra Hew­lett Foun­da­tion, la Bloom­berg Fami­ly Foun­da­tion, le Rocke­fel­ler Bro­thers Fund, la IKEA Foun­da­tion, la Cli­ma­te­Works Foun­da­tion (elle-même finan­cée par la William and Flo­ra Hew­lett Foun­da­tion, mais aus­si par la David and Lucile Packard Foun­da­tion, le Bezos Earth Fund, Bloom­berg Phi­lan­thro­pies, la fon­da­tion Ford, la IKEA Foun­da­tion, etc.), et qui finance en retour diverses ONG sup­po­sé­ment éco­lo­gistes comme le WWF, l’ICCT (Inter­na­tio­nal Coun­cil on Clean Trans­por­ta­tion), le RAC (Réseau Action Cli­mat) en France, Les Amis de la Terre Europe, etc. Autant dire une orga­ni­sa­tion qui se trouve bien inté­grée dans la gigan­tesque toile du phi­lan­thro­ca­pi­ta­lisme, dans le grand sys­tème du finan­ce­ment de l’écologisme indus­triel — (alter)capitaliste, éta­tiste, de l’é­co­lo­gisme des illu­sions et men­songes verts — par les riches et les puissants.

(Sans ver­gogne, Julie Henches me reproche même de cher­cher à « dire aux femmes com­ment elles doivent mener leurs luttes » ! Comme si l’écologie était une lutte exclu­si­ve­ment de femmes ! Et comme si cri­ti­quer les posi­tions poli­tiques, les idées d’une femme, c’était néces­sai­re­ment vou­loir la domi­ner ou vou­loir dic­ter aux femmes com­ment lutter !)

Alexia Soyeux, une autre farouche éco­lo­giste, par­don, tech­no­lo­giste, employée de Car­bone 4 (le cabi­net de Jean-Marc Jan­co­vi­ci), ani­ma­trice d’un pod­cast appe­lée « Pré­sages » pour lequel elle a inter­viewé des émi­nences comme Gaël Giraud, Valé­rie Mas­son-Del­motte, Pierre Made­lin, Cy Lecerf Maul­poix (auteur d’un fameux gali­ma­tias inti­tu­lé Éco­lo­gies déviantes, dans lequel il accuse Deep Green Resis­tance et d’autres groupes, indi­vi­dus, mou­ve­ments tech­no­cri­tiques d’être « trans­phobes », reven­di­quant, lui, une sorte d’écologisme queer, quoi que cela puisse vou­loir dire, par­fai­te­ment confus), en a aus­si pro­fi­té pour appor­ter son sou­tien à Camille Étienne, Béné et toute la troupe.

Bref.

La malhonnêteté/stupidité de ces per­sonnes est pro­pre­ment sur­réa­liste. Le conte­nu de mon article n’est jamais ne serait-ce qu’abordé, même vague­ment. Jamais. J’ai cri­ti­qué les idées et posi­tion­ne­ments poli­tiques d’une femme, son rôle dans un cer­tain éco­lo­gisme, hau­te­ment nui­sible. Cela a immé­dia­te­ment été réduit au fait que j’avais ain­si cri­ti­qué une femme, ce qui prouve bien que je ne suis qu’un har­ce­leur misogyne.

Conster­nant. La bêtise de nom­breux et nom­breuses mili­tants — et notam­ment de pré­ten­du­ment radi­caux et liber­taires — ne laisse pas d’étonner.

La com­plainte de Camille Étienne selon laquelle mon texte ne serait rien que du « har­cè­le­ment » a ensuite été par­ta­gée, sur Twit­ter, par Nico­las Hae­rin­ger, « char­gé de cam­pagne pour 350 » (.org), le dépu­té Mat­thieu Orphe­lin (ex-EELV, ex-LREM, ex-porte-parole de la fon­da­tion FNH, proche du vio­leur Nico­las Hulot, il faut oser), Pau­line Boyer (porte-parole d’Al­ter­na­ti­ba, char­gée « de cam­pagne tran­si­tion éner­gé­tique » à Green­peace, etc.), David Cor­mand (ex-secré­taire natio­nal d’EELV, dépu­té euro­péen EELV) et bien d’autres repré­sen­tants ou par­ti­sans de la pseu­do-éco­lo­gie sub­ven­tion­née, libé­rale, capi­ta­liste, indus­trielle, éta­tiste, gou­ver­ne­men­tale — idiots utiles de l’écologisme médiatique.

Et pas un n’a lu l’article, et pas un pour essayer de pro­duire une réflexion sen­sée, un com­men­taire ration­nel, argumenté.

Une belle démons­tra­tion de l’insondable imbé­ci­li­té col­lec­tive et indi­vi­duelle de tous ces gens-là, et de ce que l’on pour­rait, tris­te­ment, qua­li­fier de sophisme de l’appel à la misogynie.

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Post-scriptum II (24 février 2022) : Camille Étienne, l’IDDRI, EDF et Usbek & Rica

Quand on pense qu’ils ne sau­raient tom­ber plus bas, les éco­lo­gistes modernes (les tech­no­lo­gistes) s’empressent de nous don­ner tort : Camille Étienne, « mili­tante éco­lo­giste », « porte-voix des jeunes géné­ra­tions enga­gées pour l’environnement », « égé­rie du com­bat cli­ma­tique », siège désor­mais au conseil stra­té­gique de l’IDDRI, l’Institut du déve­lop­pe­ment durable et des rela­tions inter­na­tio­nales, un « think tank qui faci­lite la tran­si­tion vers le déve­lop­pe­ment durable », finan­cé par le groupe Renault, l’AFD ou Agence fran­çaise de déve­lop­pe­ment (dont Gaël Giraud était éco­no­miste en chef jusqu’à il y a peu), Engie, EDF, Suez, Vin­ci, Veo­lia, la BNP Pari­bas, la Banque mon­diale, la fon­da­tion Bill & Melin­da Gates, etc.

Cette for­mi­dable nou­velle, nous l’apprenons dans le pre­mier épi­sode du pod­cast inti­tu­lé « Enga­gés » [sic] co-réa­li­sé par la « direc­tion du déve­lop­pe­ment durable d’EDF » en par­te­na­riat avec le génial maga­zine tech­no­ca­pi­ta­liste Usbek & Rika, dans l’objectif de nous faire « com­prendre com­ment tout un cha­cun – sala­riés, direc­tion, par­te­naires – peut mettre la main à la pâte pour orien­ter l’impact sur la socié­té des entre­prises, ces actrices clés de la tran­si­tion éco­lo­gique », de nous inci­ter à nous « enga­ger » et à « faire de la RSE, de la res­pon­sa­bi­li­té socié­tale des entreprises ».

Atten­tion. J’en vois déjà venir cer­tains. Mais, non ! Le monde de l’entreprise (le capi­ta­lisme), ces entre­prises, ces orga­ni­sa­tions, ne sont cer­tai­ne­ment pas en train d’acheter Camille Étienne en vue de faire bonne figure ! Non, ce qui se passe, ain­si que nous l’explique Camille Étienne elle-même, c’est tout le contraire. C’est elle qui, en véri­table agente double, agente secrète, « infiltre » l’IDDRI afin de mieux chan­ger les choses de l’intérieur, afin de « repré­sen­ter la voix de la jeu­nesse », d’apporter « une forme de radi­ca­li­té dans leur vision, qui va par­fois contre­ba­lan­cer celle des plus grandes entre­prises ». C’est « impor­tant [pour elle] de pou­voir tra­vailler main dans la main avec des think tank ambi­tieux comme celui-ci ».

Sans contra­dic­tion aucune, dans le numé­ro de Social­ter dont elle a été rédac­trice en chef invi­tée (mais sur­tout argu­ment de vente), paru en décembre 2021 et inti­tu­lé « L’écologie ou la mort », on lisait que le concept de « déve­lop­pe­ment durable » est un « exemple cano­nique de la nov­langue tech­no­cra­tique », une expres­sion « abon­dam­ment reprise dans les docu­ments offi­ciels des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales et des États », notam­ment carac­té­ri­sée par un « flou concep­tuel » qui per­met « de natu­ra­li­ser dans l’opinion publique l’idée que l’environnement pour­rait être pro­té­gé tout en déve­lop­pant l’économie ». Ce qui est très vrai. Le déve­lop­pe­ment durable est effec­ti­ve­ment un concept tota­le­ment creux visant à faire croire qu’un tech­no­ca­pi­ta­lisme vert, une civi­li­sa­tion indus­trielle éco­lo est pos­sible, un label qu’on uti­lise pour conti­nuer à faire tour­ner la machine-éco­no­mie sous cou­vert de res­pect de l’environnement. Une arnaque grotesque.

Voi­là donc toute la nul­li­té, toute la bêtise des éco­lo­gistes modernes (des tech­no­lo­gistes), qui ne com­prennent essen­tiel­le­ment rien à ce qui pose réel­le­ment pro­blème (ou com­prennent un petit peu mais pré­fèrent refou­ler cette déran­geante réa­li­sa­tion au pro­fit d’un peu d’argent et de noto­rié­té). C’est gagnant-gagnant, comme on dit dans le milieu. Les éco­lo­gistes (tech­no­lo­gistes) touchent un peu d’argent pour pou­voir conti­nuer leurs ges­ti­cu­la­tions théâ­trales, ont l’impression d’agir héroï­que­ment et prag­ma­ti­que­ment, et les entre­prises se font une image plus verte.

Dans le pro­ces­sus, le voca­bu­laire conti­nue tran­quille­ment d’être coop­té, les mots de perdre leur sens. Les entre­prises « s’engagent », intègrent « la radi­ca­li­té ». Camille Étienne est pré­sen­tée comme une « éco­lo­giste radi­cale ». Elle est membre d’un col­lec­tif appe­lé « Pen­sée sau­vage ». Sébas­tien Treyer, le pré­sident de l’IDDRI, est aux anges. Il l’exprime dans une longue tirade en langue de plas­tique (élas­tique, flexible, chi­mique, indus­trielle, can­cé­ro­gène) : « ce que je trouve très inté­res­sant dans la posi­tion de Camille Étienne, c’est qu’en tant qu’activiste elle se posi­tionne vrai­ment comme un acteur poli­tique, un acteur stra­té­gique, en tout cas avec une com­pré­hen­sion poli­tique et stra­té­gique de la néces­si­té de pen­ser les alliances avec et les alliances contre, et vrai­ment un voca­bu­laire pour expli­quer com­ment en tant qu’activiste elle doit avan­cer dans la lutte qu’elle a fait sienne. Elle uti­lise le mot aus­si de com­plé­men­ta­ri­té des luttes, et je trouve ça très inté­res­sant parce que c’est à la fois expli­ci­te­ment nom­mer cette idée qu’il faut prendre un point de vue cri­tique, expli­ci­ter quelle est la lutte pour laquelle on se posi­tionne, et qu’on est dans une logique très stra­té­gique à ce sujet, et en même temps construire des col­la­bo­ra­tions de coor­di­na­tion, de coopé­ra­tion avec des acteurs même quand ils sont, poten­tiel­le­ment, on pour­rait dire, du camp d’en face, parce qu’en fait les camps sont plus com­plexes que juste le camp d’en face ».

Il n’y a pas d’ennemis. Que des amis poten­tiels, qui veulent tous la même chose au final, le Bien. Tous ensemble, main dans la main, nous devrions tra­vailler à co-construire le Bien avec eux (c’est-à-dire un capi­ta­lisme durable).

Tu conti­nues de te vendre, Camille Étienne. Tu conti­nues de traî­ner dans la boue, de salir, de tra­hir la lutte au nom de laquelle beau­coup de femmes et d’hommes res­pec­tables ont digne­ment œuvré (et pas en vue de rendre durable le capi­ta­lisme, en vue de le faire dis­pa­raître). Je conti­nue­rai donc de faire mon pos­sible pour le faire savoir.


  1. Lire : https://www.partage-le.com/2019/09/13/greta-thunberg-extinction-rebellion-et-le-mouvement-pour-le-climat-developpement-durable-par-nicolas-casaux/ & https://www.partage-le.com/2016/06/19/le-mouvement-pour-le-climat-progresse-t-il-par-dillon-thomson-max-wilbert/
  2. https://www.lemonde.fr/planete/video/2021/12/10/camille-etienne-quand-le-reel-devient-intolerable-il-faut-prendre-en-main-l-histoire-pour-la-devier_6105469_3244.html
  3. https://fr.news.yahoo.com/camille-etienne-politiques-disent-n-140219644.html
  4. https://www.franceinter.fr/environnement/generationdemain-camille-etienne-22-ans-et-militante-ecologiste-a-temps-plein
  5. https://www.socialter.fr/article/l‑ecologie-ou-la-mort-par-camille-etienne
  6. https://www.lci.fr/environnement-ecologie/urgence-climatique-on-est-dans-la-decennie-ou-on-peut-faire-basculer-ou-pas-les-choses-clame-camille-etienne-la-greta-thunberg-francaise-2176918.html
  7. https://www.lemonde.fr/campus/article/2021/06/07/lena-lazare-23-ans-nouveau-visage-de-l-ecologie-radicale_6083131_4401467.html?utm_source=headtopics&utm_medium=news&utm_campaign=2021–06-07
  8. https://www.linkedin.com/posts/17h10_engagee-globalwarming-camilleetienne-activity-6852097733138882560-WbW5
  9. https://www.youtube.com/watch?v=qhxqxvArckY

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  1. Les dignes héri­tiers de l’é­co­lo­crate Mar­tin Arnould qui, depuis l’op­po­si­tion au bar­rage de Serre de la Fare en Haute Loire en 1989, a dû faire son trou au sein des mul­tiples asso­cia­tions (pri­vées ou para-éta­tiques) pour la mise en place de cette  » admi­nis­tra­tion du désastre  » (cf. la lettre que lui avaient adres­sée Jaime Sem­prun en 1992, fas­ci­cule n°15 de l’En­cy­clo­pé­die des Nui­sances ) mais on n’en était, alors, qu’aux pré­misses de ce gigan­tesque redé­ploie­ment indus­triel actuel­le­ment à l’oeuvre, ne manque plus, pour com­plé­ter le tableau, que le dres­sage défi­ni­tif des popu­la­tions par l’im­po­si­tion des CBDC.

    1. Mer­ci pour cette réfé­rence. Comme vous l’a­vez peut-être remar­qué, j’ai publié cette lettre de Sem­prun sur notre site.

  2. Est-ce que, mal­gré l’ab­sence de pro­duc­tion d’un dis­cours cri­tique de la part des influen­ceur cli­mats comme cette jeune femme, leur posi­tion et leur pré­sence au sein d’ins­ti­tu­tions per­pé­tuant le sys­tème des­sert-elle tota­le­ment la cause éco­lo­giste ? Comme vous le dites, ces influen­ceurs ne pro­duisent rien pour contre­car­rer l’i­déo­lo­gie et la machine écra­sante de l’ex­ploi­ta­tion et semblent plu­tôt des lan­ceurs d’a­lertes de la perte de confort qu’ils vont auto­ma­ti­que­ment subir, repre­nant les outils à leur dis­po­si­tion. De ce fait, cela appa­raît plu­tôt comme un symp­tôme et peut être appré­hen­dé comme tra­his­sant une forme de mala­die, celle de la pen­sée capi­ta­liste : il per­met de dres­ser un diag­nos­tic en termes de socio­lo­gie poli­tique de la nou­velle géné­ra­tion qui s’in­ge­nie à recol­ler les deux bouts entre le sys­tème qui les a vu naître et qui leur a offert les condi­tions actuelles de vie en Occi­dent et la fina­li­té d’un rap­port au monde abs­trait et réi­fiant négli­geant les condi­tions de la Vie elle même.

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